Lorsqu’on impose à ces fonctionnaires de ne plus raisonner qu’en objectifs quantitatifs, quitte à faire des ventes forcées pour atteindre le quota, ou à bâcler le service après-vente parce qu’on ne doit pas passer plus de trois minutes au téléphone avec chaque client, sous peine de se faire instantanément rappeler à l’ordre par un responsable de plateau d’appel, on les met dans une position intenable. On interdit tout accès au sentiment de « travail bien fait », pourtant essentiel au maintien de l’estime de soi, indispensable à tout individu en situation professionnelle.
Des « missions » mal gérées conduisant les personnels dans un « no mans land ». Chez France Télécom, on a également exploité le principe des « missions temporaires », proposées aux personnels dont le poste a été supprimé suite à une réorganisation ou à une fermeture de site. Les personnes concernées se retrouvent ainsi « prêtées » à un autre service, pour remplir une mission qui ne correspond pas forcément à leurs compétences, sur laquelle on ne prend pas la peine de les former – pas rentable compte-tenu du caractère temporaire de la mission.
Littéralement « à cheval » entre deux équipes, sensé être piloté par le service prenant qui souvent n’a pas le temps de le faire correctement, mais toujours rattaché à son équipe d’origine sans pour autant en partager le quotidien et les projets, l’individu « en mission » est régulièrement confronté à l’isolement, voire à des tracasseries kafkaïennes lorsqu’il s’agit de gérer la prise en charge de frais de déplacements professionnels, son entretien d’évaluation et l’attribution de ses primes d’objectifs, ou la validation de ses congés.
Parfois reconduit de mission en mission, il peut finir par être totalement « oublié » dans cet entre-deux, trop accaparé par sa mission pour pouvoir se consacrer à la recherche d’un poste pérenne, personne ne s’occupant par ailleurs de lui en proposer un.
Des principes aujourd’hui clairement identifiés comme des facteurs majeurs de risques psycho-sociaux
Les premières conclusions de l'audit Technologia, auquel 80% des personnels de France Télécom ont répondu au dernier trimestre 2009 – un taux de participation jamais vu pour une enquête en entreprise – sont sans appel.
Ces techniques de management, associant les mobilités forcées, l’absence d’accompagnement, la suppression des marges de manœuvre individuelles, et le productivisme basé sur les seuls indicateurs chiffrés, sont bien la cause de l’intense malaise des personnels de l’entreprise. Perte de fierté (96% étaient fiers de travailler chez France Télécom, ils ne sont plus que 39%), dégradation de la santé physique et psychologique, dégradation des relations de travail conduisant à isolement des individus : autant de phénomènes qui peuvent conduire jusqu’au désespoir et au suicide, comme on l’a malheureusement constaté.