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Qu'ils sauvent ce qui pourra l'être !

 

Dans les zones urbaines sensibles (ZUS), qui correspondent aux quartiers les plus difficiles des métropoles françaises, soit 4,5 millions d'habitants, près d'un mineur sur deux vit aujourd'hui en dessous du seuil de pauvreté.

Les jeunes rencontrent toujours toujours les mêmes difficultés à obtenir des diplômes leur permettant d'espérer une future insertion sociale. Ils sont deux fois plus touchés en moyenne par le chômage.


Le rapport annuel de l'observatoire national des ZUS (Onzus), rendu public lundi 30 novembre, témoigne de la gravité de la situation et éclaire les poussées de violence répétées d'une partie de la jeunesse des cités difficiles.

Il montre que, sur les cinq dernières années, avant même que la crise économique actuelle ne commence à faire effet, les gouvernements successifs n'ont pas réussi à corriger significativement les inégalités accumulées. Qu'il s'agisse de chômage, de pauvreté ou d'éducation.


Selon l'Onzus, 33,1 % des habitants des ZUS vivent en dessous du seuil de pauvreté (908 euros mensuels) contre 12 % pour le reste du territoire. Cette proportion atteint le chiffre record de 44,3 % pour les moins de 18 ans.


Entre 2003 et 2008, le taux de chômage dans les ZUS a très légèrement diminué, passant de 17,2 % à 16,9 %.

La secrétaire d'Etat à la ville, Fadela Amara, s'appuie sur cette réduction pour vanter les mérites de la politique gouvernementale dans ces quartiers. Pourtant, d'après l'Onzus, le chômage a moins diminué que dans les autres territoires urbains. En fait les écarts se sont accentués.


En 2008, avant même le déclenchement de la crise économique, le taux de chômage des hommes de 15 à 24 ans originaires de ZUS a explosé, atteignant 41,7 %. Un mouvement à l'inverse de celui des femmes du même âge pour lesquelles les employeurs ont moins de réticences : leur taux de chômage a diminué passant en dessous de la barre des 30 %.

Des élus comme des sociologues s'interrogent sur "l'effet repoussoir" des jeunes hommes de banlieue, durablement pénalisés par l'image sociale négative des "jeunes à capuche", et sur les risques de radicalisation liés à leur sentiment d'exclusion et de marginalisation sociale.


Fadela Amara insiste sur des "frémissements positifs" enregistrés depuis deux ans, en particulier la hausse du taux de réussite au brevet des collèges et au baccalauréat, légèrement supérieure à celle enregistrée sur le reste du territoire. Cependant l'observatoire des ZUS indique que les élèves des ZUS continuent de redoubler et d'échouer dans des proportions bien plus importantes que les jeunes issus de quartiers plus favorisés. Ce sont les garçons qui posent problème, plus souvent en retard scolaire, très largement distancés par les filles au brevet et au baccalauréat.



Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) : 


" La colère ne touche plus uniquement les jeunes, ceux qui étaient en première ligne pendant les émeutes de 2005, mais elle s'étend désormais aux adultes, en particulier aux trentenaires qui ont fait des études, se sont mariés, ont des enfants, mais sont retombés au chômage avec la crise. En 2005, il y avait un débat un peu théorique pour savoir si on se trouvait face à une émeute ou une révolte sociale. Aujourd'hui, je sens qu'on est passés au stade de la révolte sociale et c'est dangereux. "


" Ce qui frappe c'est l'absence de volonté politique. Nous sommes toujours dans un ghetto. Le seul point positif concerne la rénovation urbaine lancée par Jean-Louis Borloo avant les émeutes de 2005. "


" Quand Nicolas Sarkozy vient en banlieue, c'est uniquement pour parler de vidéosurveillance ou d'immigration, seule la sécurité l'intéresse. On veut simplement que les banlieues soient calmes. Les pauvres, surtout s'ils sont noirs et arabes, on les met à Clichy-sous-Bois. On préfère les avoir là-bas, à distance, plutôt que dans la classe de sa fille ou de son fils. "


" La référence au pays d'origine, y compris pour des habitants qui sont en France depuis deux ou trois générations, n'a jamais été aussi forte. Même chose pour les signes ostentatoires d'appartenance religieuse ou les demandes communautaristes. Le message est simple: puisque vous ne m'aimez pas, puisque vous ne m'acceptez pas, je choisis d'exister en tant qu'"Algérien" ou musulman. Si on laisse faire, on prend le risque de voir la fracture s'approfondir toujours plus. "


"  Je sonne à toutes les portes et on me répond qu'il n'existe pas d'outils adaptés à ce problème.  Il va falloir que ça explose pour qu'on s'y intéresse mais les élus locaux n'irons plus passer leurs nuits à rattraper les erreurs commises. Ce sera aux pouvoirs publics, aux ministres, aux préfets, à tous ceux qui sont responsables, de tenter de sauver ce qui pourra l'être. "

 

 

Je suis moins optimiste que ce maire, car, même si ça explose, je redoute que l'absence de volonté politique (à éradiquer la pauvreté) n'aille jusqu'à vouloir nettoyer les banlieues, non plus au Karcher, mais au lance flamme.

 

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